Pays de Peiresc

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C'est le pays de Fabri de Peiresc, du nom du grand humaniste baroque Provençal Nicolas-Claude Fabri de Peiresc (1580-1637).

AVANT PROPOS

PAYS de PEIRESC 2000 : UN DEFI

par Simon DINER, Directeur de recherche au CNRS Paris

Lorsque venant du Sud, par Annot ou Castellane, de l'ouest par Saint-André-les-Alpes ou du nord par Allos ou Colmars, nous montions au village de Peyresq, nous avions toujours le sentiment non pas de s'isoler en une place forte haut perchée mais de nous installer au cœur d'un pays. Un pays de montagne vivant paisiblement sur sa réserve, dans une odeur discrète de belle Provence.

Le petit train des Pignes, cordon ombilical entre Digne et Nice, jouait à merveille son rôle de complice et d'initiateur. Combien de nos amis venant des Etats Unis, du Japon ou de Russie, n'ont-ils pas éprouvé après leur arrivée à l'aéroport de Nice, cette sensation d'entrer dans un univers miniature où l'intelligence de la nature et des hommes serait favorable à la longue quête qui les amenait ici.

Etudiants, professeurs, chercheurs trouvaient là tout à-coup une atmosphère incomparable de simplicité et de grandeur qui donnait à leurs travaux une pureté particulière. On imagine que la science soit née de l'observation du ciel nocturne par les bergers du Moyen Orient. C'est en regardant le ciel nocturne de Peyresq au cours des longues discussions, après les travaux de la journée, que s'installait l'allégresse de la convivialité intellectuelle et spirituelle.

Tout au long des années, nous nous demandions sans cesse comment rendre à ce pays la grâce dont il nous faisait don.

En 1980, il fut convenu d'honorer ce pays en célébrant le quatrième centenaire d'un de ses enfants les plus illustres, Nicolas-Claude Fabri de Peiresc (1580 - 1637). Peiresc naît quand meurt Montaigne et meurt quand paraît le Discours de la Méthode de Descartes.

Peiresc n'était jamais venu à Peyresq dont il était le seigneur.

Pour célébrer sa mémoire, nous lui avons offert un nouveau Peyresq, restauré de ses ruines et tout frémissant de cet esprit de curiosité qui avait été sa raison d'être tout au long de sa vie.

On a pu dire qu'un peuple ou une nation sont faits d'une terre et d'une passion.

Peyresq était notre terre et Peiresc notre passion.

Après les célébrations de 1980 qui réunirent à Peyresq tous les représentants de la physique contemporaine, qui rassemblèrent à l'Hôtel de Ville de Bruxelles pour écouter un prince de la curiosité, Maurice Rheims, le grand commissaire priseur, une foule européenne avertie et qui aboutirent au couronnement par des prix prestigieux de l'œuvre de reconstruction, du village, Peiresc devint notre flambeau.

Flambeau de l'humanisme et du savoir que nous voulions voir fleurir à Peyresq.

Un flambeau avec lequel nous partagions secrètement les grands moments scientifiques de cette fin de siècle. Souvent émus de voir célébrer à Peyresq les étapes d'un développement de la science que Peiresc aurait appréciées, participant lui-même avec ses amis ou ses correspondants à ce moment de l'Histoire que l'on nomme aujourd'hui la Révolution Scientifique du XVII è siècle.

Nous l'imaginions, vivant de nos jours, et écrivant à Galilée pour lui dire que les Sciences Naturelles dont il faisait état connaissaient aujourd'hui des rebondissements extraordinaires., Que toutes les simplifications qui lui avaient permis de construire la science du mouvement se voyaient confirmées par une nouvelle théorie des systèmes dynamiques. Que le frottement qui le gênait tant devenait un complice universel dans la stabilisation du mouvement et la création des formes. Que le langage mathématique dans lequel parlait la nature permettait de décrire des situations complexes où les 'mouvements quoique déterminé§ devenaient imprévisibles au point de paraître imiter le hasard Que la mécanique idéale des mouvements célestes était devenue une science complexe et réaliste, à même de décrire le fonctionnement des horloges, les battements du cœur où l'émission de la lumière par un nouveau soleil inventé par les hommes : le laser.

Il aurait aussi écrit à Galilée, que l'on voyait les atomes avec des microscopes tout à fait extravagants, les microscopes à effet tunnel. Non seulement les voyait-on, mais encore les manipulait-on, au point d'écrire avec eux, en les déplaçant, le mot IBM le nom de cette firme prestigieuse où ils étaient dressés. Victoire et amertume pour Galilée dont la condamnation par l'Église devait autant à ses convictions atomistiques qu'à ses éclats astronomiques.

Peiresc aurait aussi écrit tout cela à son ami Gassendi,. qui a tant fait pour ressusciter en Occident la croyance aux atomes, ouvrant une longue marche de trois siècles réhabilitant et concrétisant la notion d'atome.

Mais il, aurait aussitôt ajouté qu'à Peyresq aujourd'hui, de jeunes savants racontaient de bien étranges histoires. Qu'entre les atomes, le vide n'était pas vide, mais s'animait sans que l'on sache vraiment pourquoi. Que certains pensaient même que ce mouvement pouvait, expliquer la, naissance de l'univers. Et d'ajouter que si le vide n'était plus vide, les atomes eux-mêmes n'étaient pas des boules localisées, mais avaient autour d'eux une présence diffuse et mystérieuse que d'aucuns attribuaient à une onde l'onde de de Broglie). Et voilà que l'on pouvait avec ces atomes "nouvelle vague" produire des phénomènes, que seule la lumière était réputée pouvoir exhiber.

Et voilà Peiresc écrivant à Rubens, le grand peintre flamand, son ami. Il faut lui dit-il, en cette fin de millénaire, au moins trois jours pour qu'une lettre dans une enveloppe, parvienne de Paris à Bruxelles. Mais ici, à Peyresq, mes amis ont installé de curieuses machines avec des écrans et l'on peut envoyer et recevoir instantanément de par le monde entier des textes et des images. Ils appellent cela. communiquer par Internet. Tout un réseau, de correspondants peut se mettre en place et échanger des informations plaisantes ou savantes. Si nous avions eu ces facilités là. nous aurions sans doute achevé notre livre commun. sur les camées.

Ainsi Peiresc partageait nos joies et nos efforts pour convoquer à Peyresq le meilleur, de notre époque.

Et l'envie naquit de donner ce Peiresc là à tous les villages d'alentour. Comme pour leur dire que leur présence avait toujours été pour nous stimulante et que nous voulions partager avec eux émotions et enthousiasmes.

De là naquit l'idée, bien vite acceptée par nos amis des vallées de créer une association des villages pour la constitution d'un "Pays" que l'on appellerait "Pays de Peiresc".

A l'aube de l'an 2000, quel est le défi lancé par le Pays de Peiresc ?

D'abord montrer à tous les enfants qui grandissent là, que l'Histoire, n'a pas abandonné ce beau pays de montagne.

Que les ressources de l'intelligence et de la technologie permettent aujourd'hui, avec de l'imagination, de créer une vie nouvelle, conjuguant modernité et tradition.

Les persuader de constituer un corps solidaire leur permettant de développer ce pays et d'y vivre heureux. Car loin d'avoir aujourd'hui besoin de monter à Nice, Lyon ou Paris pour s'établir, c'est Nice, Lyon, Paris, Bruxelles, Los Angeles ou Tokyo qui viennent à eux.

Le Pays de Peiresc offre un cadre où l'école doit pouvoir s'ouvrir sur la société. Elle doit pouvoir se prendre en main sans attendre de l'institution, consignes, instructions et subsides. Les nouvelles technologies de l'information et de la communication auraient ravi Peiresc, mais auraient certainement ravi un autre pionnier provençal Célestin Freinet. "L'école Freinet" montrait (et montre encore) l'exemple d'une école qui cherche avant tout à réaliser l'intégration sociale de l'enfant comme condition essentielle de son développement individuel.

De par la participation de tous, mais des jeunes en particulier encadrés par leurs maîtres, le "Pays de Peiresc" peut devenir un flambeau d'identité et d'intégration sociale.

Les activités du Pays de Peiresc loin d'être un spectacle venant de l'extérieur doivent devenir une source de mobilisation collective au service de, la défense d'un idéal de vie de ce pays.

Manifestations, expositions, conférences, concerts doivent être des moments de prise de conscience d'une solidarité des habitants du pays. Stimulations pour un effort collectif en faveur de la vie économique, sociale et culturelle locale.

L'année 1999 sera à nouveau ponctuée de manifestations fleurissant dans tous les villages.

A Annot une exposition célébrera le bicentenaire du grand poète russe Alexandre Pouchkine (1799 - 1837).

A Colmars, une exposition tentera de familiariser avec le problème de l'origine des formes dans la nature, point d'orgue de conférences dans tout le pays sur le thème des origines.

Peinture, sculpture et musique seront partout présentes pour éveiller la sensibilité artistique et provoquer l'imagination.

Pour célébrer l'entrée dans le nouveau millénaire, se tiendra à Peyresq en l'été 2.000, le premier Colloque International de Technologie Quantique, la technologie montante du XXI ème siècle . Une technologie qui tente d'exploiter les propriétés surprenantes de la lumière et des atomes, et dont le transistor et le laser ne sont que les premiers balbutiements.

Autour de cette manifestation scientifique, au plus haut niveau mondial, le Pays de Peiresc pourrait entrer en résonance, en offrant au plus grand public l'image fascinante de la technologie du futur, sous la forme d'un bouquet de petites expositions locales sur les différents thèmes envisageables. Expositions préparées par la Fondation Nicolas-Claude Fabri de Peiresc avec de nombreuses collaborations scientifiques. En allant de lieu en lieu, à travers le Pays de Peiresc, le visiteur s'initiera à toutes les facettes de ces technologies de demain.

Une manifestation unique en France et sans doute dans le monde, pour faire connaître l'univers scientifique et technique qui tissera notre vie de demain. Manifestation originale dont l'écho sera national... voire européen, mettant le Pays de Peiresc en vedette, à l'aube de ce que l'on pourrait appeler un nouvel âge baroque, à l'instar de celui où vécut en Provence, Nicolas-Claude Fabri de Peiresc.

 

Peyresq,                  Peiresc,                Pays de Peiresc,

un village,           un humaniste,         un pays.

Un défi pour le XXI ème siècle

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chouette.gif (4297 octets)    L'ASSOCIATION DE PAYS DE PEIRESC

                   Bientôt 1 an !

A l'heure où les députés examineront le projet de la loi d'orientation pour l'aménagement et le développement durable du territoire de Madame Dominique Voynet, Ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement, l'Association de Pays de Peiresc, créée sous l'impulsion de la Fondation N.C Fabri de Peiresc, fêtera son premier anniversaire.

Les réflexions prospectives initiées et les actions menées s'avèrent être des outils intéressants pour les acteurs locaux, plus que jamais impliqués dans la gestion de leur territoire.

Organe de concertation, l'objectif de l'association, qui regroupe autour de projets communs les acteurs socio-économiques des communes de Allos, Annot, Beauvezer, Colmars les Alpes, Thorame Basse, Thorame Haute et Villars Colmars et la Fondation N.C Fabri de Peiresc, est de favoriser, par des actions collectives, le développement économique, culturel et social des Vallées du Haut Verdon et de la Vaïre.

Le territoire du Pays de Peiresc, excentré des grands bassins de vie économique, est complexe. Riche de sa diversité économique, naturelle et culturelle, il est parfois difficile à mettre en valeur. Grâce à une meilleure coordination des efforts entrepris, l'enjeu est de valoriser les atouts et les complémentarités du territoire et d'intégrer les démarches initiées aux préoccupations départementales, régionales, nationales et européennes.

Mais pourquoi Peiresc ?

Les actions engagées, parfaitement cohérentes avec les projets de la loi d'orientation pour l'aménagement du territoire, sont des outils de communication pertinents auprès des partenaires du développement. Il était donc important de véhiculer une image forte de notre territoire par l'intermédiaire d'une personnalité haute en symboles.

Seigneur du village de Peyresq (lieu symbolique de résistance d'un territoire à ne pas vouloir s'éteindre) de 1604 à 1637, Nicolas Claude Fabri de Peiresc (1580 - 1637) fùt un grand humaniste provençal. Ses découvertes, son érudition et sa curiosité lui valurent d'être en correspondance avec les savants et les artistes les plus éminents de son époque (Le P. Mersenne, Gassendi, Valavez, Descartes, Rubens ... ). Un nom qui invite à la découverte, à l'échange et à la diversité.

Et concrètement s'il fallait résumer ?

L'association, c'est depuis sa création :

un emploi jeune créé en mai dernier pour lequel le Conseil Général et le Conseil Régional ont donné leur aval ,

4 conférences dans l'été autour de N.C Fabri de Peiresc à Annot (juin 1998), St André les Alpes (juin 1998), Colmars les Alpes (juillet 1998) et Allos (septembre 1998) ,

2 projets européens dans le cadre du programme d'initiative communautaire pour le développement en zone rurale sur "l'élaboration d'une démarche opérationnelle pour la mise en valeur et la protection des zones naturelles en déprise " (gérer l'espace et le mettre en valeur) et "l'étude de faisabilité sur l'implantation d'un pôle éducatif interdisciplinaire ", projet auquel plusieurs universités ont d'ailleurs répondu très favorablement (Université Libre de Bruxelles, Institut d'Aménagement du Territoire d'Aix-en-Provence, Institut de Gestion de l'Environnement et de l'Aménagement du territoire de Bruxelles, la Faculté d'Economie Appliquée d'Aix-Marseille 111 - Antenne d'Arles).

Et pour demain ?

L'association de Pays de Peiresc, qui a déposé des dossiers de demande de subvention de fonctionnement auprès du Conseil Général et du Conseil Régional au titre de l'exercice 1999, entend bien faire participer les Vallées du Haut Verdon et de la Vaïre, avec le concours de l'ensemble des acteurs locaux, à la prochaine manifestation départementale "art de mai, édition 1999 " dont l'objectif est de promouvoir des expositions d'arts plastiques.

D'autre part, l'association a programmé un week-end de festivités autour du thème des origines les 03, 04 et 05 septembre 1999.

Et, si vous souhaitez en savoir plus sur les activités de l'association de Pays de Peiresc, son Président, Jean KINTS et l'ensemble de ses membres, vous invitent à assister à la prochaine Assemblée Générale Ordinaire qui se tiendra le 08 décembre 1998 dans les locaux de la salle des fêtes de Colmars les Alpes à 17hOO.

Au plaisir de vous y retrouver !

 

 

2 ème PARTIE: LES PROJETS DE DEVELOPPEMENT

Cadre des Proiets et problématique générale

Le territoire couvert par l'Association de Pays de Peiresc se situe au Sud Est du département des Alpes de Haute Provence (665 000 hectares). La zone se situe géographiquement en montagne de Haute Provence.

Le Pays de Peiresc représente 10. 10 % du territoire du département du 04 soit 7007 5 hectares. il accueille environ 3 710 habitants permanents qui se regroupent sur les communes d'Allos, de Colmars les Alpes, de Villars Colmars, de Beauvezer, de Thorame Haute, de Thorame Basse et d'Annot. Cela représente 2.80 % de la population totale du département des Alpes de Haute Provence.

Il est important de rappeler, que les foyers fiscaux sont quant à eux multipliés par 4 et que 76.50 % des logements sont en résidences secondaires.

 

La complexité territoriale

Riche de sa diversité géologique, géographique, biologique, hydrologique... et humaine, le territoire est complexe de nature.

D'autre part, il fait l'objet de logiques de gestion territoriale différentes. Les cadres administratifs et législatifs (Parcs, Propriétés communales, domaniales ou privées... desquels il relève, rendent difficiles une cohésion territoriale globale d'autant que les attributions et les vocations de l'espace, qui découlent de ces gestions, sont différentes bien que souvent complémentaires.

Le territoire n'a pas une vocation unique. Des images fortes et différentes de l'espace sont véhiculées en France et à l'étranger. Il en découle une communication parfois conflictuelle et peu cohérente.

Les enjeux

Les enjeux en matière économique et sociale sont nombreux.

Le Pays de Peiresc est confronté à de nouvelles réalités économiques, naturelles et sociales que les acteurs n'arrivent plus à gérer au quotidien.

Une réelle volonté (et nécessité) de faire collaborer les décideurs et de coordonner les politiques locales est entrain de s'organiser autour du projet de création de Pays et c'est ce qu'il est important de soutenir aujourd'hui.

Les communes, regroupées autour d'un projet commun de développement économique durable, s'efforcent de mettre en place un schéma directeur de développement autour de projets intégrant la dimension globale du territoire.

Il s'agit de renforcer l'approche transversale du territoire et de favoriser la coordination entre l'approche économique (tourisme, agriculture, artisanat, commerce, transport ... ), l'approche sociale (faciliter l'accès aux services publics et à l'information, adapter les services publics à l'environnement en zone rurale ... ) et l'approche environnementale (mise en valeur et protection des espaces naturels ... ) de l'ensemble des acteurs.

Si le projet reste ambitieux, les objectifs, eux, sont de premier ordre :

- Maintenir les activités en place et la dynamique sociale: éviter que la zone ne se désertifie, que le développement ne transforme de manière irréversible l'environnement naturel. Penser la préservation et la mise en valeur de l'environnement dans une perspective d'équilibre économique d'avenir ;

- Aider au développement de la zone rurale et ne pas miser sur une mono activité hiérarchiser les objectifs pour gagner en cohérence ,

- Gérer le territoire Renforcer la cohésion territoriale et en montrer la logique , définir des priorités dans un souci de maîtrise du coûts et ainsi faciliter la programmation des investissements prospectifs :

investissement d'entretien .

investissement de remplacement

investissement de transformation

investissement légal et obligatoire

investissement d'amélioration

investissement de plus value ;

- Désenclaver la zone et mettre en valeur l'enjeu territorial du développement à l'échelle nationale et locale

- Inscrire la politique d'aménagement du territoire dans la durée et dans un processus de solidarité financière : harmoniser et renforcer la politique d'aménagement du territoire.

 

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LE PAYS

Un PHENOMENE NOUVEAU

Le Monde - Régions

du mardi 16 juin 1998

par jean Menanteau

La dynamique des "pays" monte en puissance

Réponse du "local" à la mondialisation, cette nouvelle entité territoriale séduit de plus en plus d'élus et d'acteurs locaux, bouleversant les conceptions du développement. Avec vingt et un pays en voie de constitution, la région Centre est une de celles qui poussent l'expérience le plus loin.

 

Reportage

Allions-nous faire le pays avec ou sans Bourges là était la question

Lors de la réunion, on ne boit pas plus d'une tasse de café. "Il s'agit de notre seul détoumement de fonds sociaux!", lance, sous forme de boutade, Alain Tanton, président du Syndicat mixte de développement du pays de Bourges. Volontairement modestes sont les bureaux du "pays de Bourges" - un deux-pièces -symboliquement implantés dans le micro-village de Berry-Bouy, en pleine Champagne berrichonne. Seuls permanents rémunérés de cette nouvelle structure qui regroupe, au coeur du département du Cher soixante-six communes et plus de 147 000 habitants : un jeune agent de développement, dont c'est le premier poste, secondé d'une secrétaire. "Pour le reste, c'est du bénévolat. Aucun des élus ne perçoit l'once d'une Indemnité', tient à préciser M. Tanton (UDF-FD), premier adjoint au maire de Bourges, et ancien responsable du budget de la région Centre.

Selon lui, en effet, le "pays" ne saurait en aucun cas être gestionnaire. Son rôle ? "Nous devons, d'abord et avant tout, être un espace de projets fédérateurs qui marquent la volonté des gens de vivre et de travailler ensemble." Missionnaire dans l'âme, le pays", se veut donc dépouillé de tout apparat. Et l'on grignote des gâteaux secs lors de cette réunion dont la composition se veut exemplaire. L'adjoint au maire de Bourges est entouré de maires de communes rurales, représentatifs de ce terroir à "forte identité naturelle et paysager ".

Au-delà de la formule, que signifie travailler ensemble "D'abord, apprendre à nous connaître'',, lance Colette Jourdain, maire de Marmagne (1.97,2 habitants)-- "Il y a encore -très peu de temps, les maires des communes. ne se rencontraient jamais. Le maire de Saint Palais, au nord du département, ne connaissait, pas son homologue de Levet au sud. Depuis que le pays s'est constitué, nous nous réunissons chaque mois'. L'esprit de clocher, les rivalités entre communes - encore vivaces dans la population s'estompent."

Le "pays de Bourges" ne s'est pas fait en une seule étape. Tout comme les vingt et un pays qui sont aujourd'hui agréés par la région Centre, lesquels seront "mûrs" à l'horizon 2000 pour contractualiser avec l'Etat dans le cadre des futurs contrats de plan Etat-régions., De fait, la région a anticipé, sous l'impulsion de Paul  Masson, sénateur (RPR) du Loiret fondateur du "pays" de Beauce Çâtinaîs, et concepteur au milieu des années 70 des contrats régionaux d'initiative locale (CRIL). L'action actuelle s'inscrit donc dans une continuité.

"Au total, trente à trente-deux pays devraient être créés", estime Didier Breton, directeur de l'amènagement du territoire de la région.

Sous son impulsion, vingt et un "agents de développement", acteurs de terrain, ont été mis en place. Ainsi a émergé une nouvelle profession. Il s'agit le plus souvent de jeunes gens dotés d'une formation de troisième cycle : géographes, aménageurs, économistes en agronomie. Le Centre d'études supérieures d'aménagement de Tours (CESA) est la Mecque de ce métier émergent qui monte également en puissance en Picardie avec une quarantaine d'agents. "Leur action de terrain est déterminante, fait valoir M. Breton. Leur rôle ? Répondre aux besoins de la population en termes de demande sociale, monter des dossiers, éviter les gaspillages inutiles -faire en sorte, par exemple, que chaque commune ne développe pas sa propre, zone d'activités, alors que la moitié d'entre elles sont vides de toute entreprise-, détecter les projets dormants... Bref, mettre en musique, un développement local endogène voulu par les élus."

Autre, "satisfecit" de taille : Michel Sapin (PS), le nouveau président de la région, a reconduit lors du vote du budget, la politique de son prédécesseur, Maurice Doucet . 500 millions de francs, tel est le montant significatif, prévu par la région à destination des "pays" pour, 199 8. Le budget annuel de la région est de l'ordre de 3,5 milliards.

 

LA RAISON A PRÉVALU

La spécificité du "pays de Bourges" consiste à articuler les communes qui le composent autour de la ville centre. Une volonté qui va dans le droit fil de celle affichée par Mme  Marie Madeleine Vlialot, responsable de l'aménagement du territoire de la région Centre, première adjointe de Jean-Pierre Sueur, maire (PS) d'Orléans, auteur du rapport Demain, la ville. Elle souhaite développer, parallèlement aux pays, une politique des agglomérations . "Allions-nous, faire le pays avec, ou, sans Bourges Là était la question ! ",  s'exclame Alain, Tanton.  Dans l'esprit des communes environnantes, la question, était, réelle, quasi  culturelle. "Les campagnes, de peur de perdre leur identité se, sont toujours défiées de la ville,, et inversement. Nous avions peur de nous faire "avaler" par Bourges, de ne récupérer que les miettes de la contractualisation", résume Anne, Zeller, maire de Mareuil-sur-Amon (600 habitants), village limitrophe au département de l'Indre.

De son côté, la ville de Bourges se montrait rétive. Adhérer au syndicat, n'était-ce- pas devoir partager, avec d'autres, les équipements de tous ordres, sportifs et culturels, notamment ainsi que l'ensemble des services: que financent, pour partie, les impôts locaux des habitants

"La raison a prévalu. Les maires ruraux ont réalisé qu'ils ne pouvaient réussir seuls une démarche de pays. La ville a réalisé qu'elle ne pouvait assurer seule son développement, en se coupant de son environnement immédiat", résume M.Tanton. Que se passe-t-il, aujourd'hui ? Bourges, au sein du pays, est une commune parmi d'autres, selon le principe "une commune égale une voix". En dépit de ses 75.000 habitants, la ville de Jacques Coeur, ne "pèse" pas plus, dans les délibérations, que Sainte Lunaise, la plus petite commune du département, avec 9-9 habitants. Enfin, pour bien signifier auprès des élus locaux que la capitale du Berry n'allait pas "cannibaliser" les aides de la région, il a été décidé que la ville ne toucherait pas un sou. "Mieux, s'esclaffe M. Tanton, l'adhésion de la ville au syndicat lui coûtera un franc par habitant

En zone rurale, les réticences paraissent aujourd'hui vaincues, du moins parmi les maires et leurs conseilleurs, mais sans doute moins parmi la population. "Les élus veulent de plus en plus d'intercommunalité, dit-on ici, ce qui était impensable il y a moins de cinq ans."

A ce propos, il est à noter que l'arrivée, en 1995, d'une nouvelle génération d'élus, plus jeunes, davantage ouverts sur l'extérieur, a contribué à changer la donne.

Le résultat de cette alchimie de terroirs est qu'une foule de projets naissent dans le bassin de vie et d'emploi, sans que l'on puisse encore préjuger de leur pertinence. Sont inscrits à la charte de développement deux grands projets d'aménagement : la remise en navigabilité à des fins touristiques du canal du Berry véritable trait d'union du pays de Bourges et le lancement d'un "grand centre de la nature" groupant l'histoire de l'agriculture, à destination du grand public.

 

PAYS:

61 constatés,

80 en émergence

Les pays sont issus de la loi d'orientation, d'aménagement et de développement du territoire (LOADT) du 4 février 1995, dite loi Pasqua. Ils peuvent être constitués lorsqu'un territoire présente une ''cohésion géographique, culturelle, économique ou sociale" que lui reconnaissent les commissions départementales de la coopération intercommunale. Ils expriment "'la communauté d'intérêts économiques et sociaux ainsi que, le cas échéant, les solidarités réciproques entre la ville et l'espace rural". Les pays bénéficieront d'une contractualisation financière dans les prochains contrats de plan Etat-Région. Après une phase d'expérimentation conduite par la Datar en 1995 autour de quarante-deux "pays tests", les préfets relèvent aujourd'hui 61 pays "constatés", environ 80 pays "émergents" et autant dits "en réflexion".

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