|
|
|
Musée ... Terre de mémoire
La mémoire individuelle est subjective, sélective, les souvenirs personnels parfois confus, parfois erronés; elle a aussi la faculté de parvenir, à plusieurs, à reconstruire un événement du passé. Un travail de « mémoire collective », est l'addition d'apports individuels qui viennent se compléter; " une pierre personnelle étant apportée, par chacun, à l'édifice commun". La mémoire est avant tout une activité sociale, qui passe par le discours et se bâtit en relation avec d'autres individus. Les parents apprennent à leurs enfants ce qui peut être mémorisé: ils éludent certains faits, insistent au contraire sur d'autres de leur point de vue marquants, jettent les bases pour l'intégration à un groupe, et en même temps leur transmettent un passé, des repéres historiques sélectionnés au travers du filtre familial.C'est à partir de là que chacun construit son identité, à la fois personnelle et culturelle. Comme au sein de la famille, ou d'un entourage plus ou moins proche, la société elle-même se préoccupe d'organiser la mémoire de chacun. De même que les individus, les nations conservent toujours certains éléments du passé au détriment d' autres : elles ont tendance à ne retenir de l'histoire que ceux qui nous aident à nous projeter dans l'avenir et qui sont susceptibles d'asseoir la cohésion sociale. La commémoration d'un événement national - comme le bicentenaire de la Révolution Française, l'anniversaire de la proclamation de l'indépendance aux Etats-Unis, la célébration de l'armistice (11 novembre 1918), les cinquante ans de l'Etat d'Israël (créé le 14 mai 1948), le cent cinquantenaire de l'abolition de l'esclavage (définitivement supprimé en France le 27 avril 1848), -donne l'occasion aux participants de manifester leur appartenance à un groupe et de se souvenir collectivement. Cela sous-tend l'adhésion aux valeurs qui forgent la personnalité d'une nation, forcément sélective; monuments, statues, musées, et plaques de rues contribuent à renforcer la représentation ou l'image que la société veut donner d'elle-même. La perpétuation du souvenir de certains hommes; (centenaire de la mort de Louis Pasteur en 1995, commémoration de la publication en 1898 du manifeste « J'accuse » d'Emi le Zola) entretient un passé toujours vivant, vecteur de progrès, scientifiques, d' avancées sociologiques ouvrant des voies pour l'avenir. Ne pas vivre dans le passé ..., mais avec lui C'est le devoir des générations antérieures d'entretenir et de transmettre, par l'écrit, par les réalisations humaines de toute nature (oeuvres d'art, édifices, outils, vêtements,...) mais aussi par la parole, ce passé qui, sinon, disparaîtrait.Cette lutte contre l'éphémère permet en outre de créer des opportunités de dialogue entre les générations, conférant ainsi une utilité sociale aux dépositaires de la mémoire. Un rôle qui est dévolu aux anciens et qui fournit aussi l'occasion d'atténuer la démarcation entre les générations, de gommer la limite traditionnelle entre les activités réservées aux personnes valides et les autres, de combattre efficacement les sentiments d'isolement, d'inutilité, sources potentielles de dépression. Les évolutions que connaissent nos sociétés (éclatement géographique des groupes familiaux, moindre recours à l'oralité, cloisonnement des générations, règne de la science et de la technique sonnant le glas de savoir-faire ancestraux ... ) rendent la transmission du dépôt de mémoire de plus en plus nécessaire. Autrefois, les temps étaient vécus plus que pensés, s'inscrivant dans des gestes, des actes répétés; naturellement, ceux-ci se perpétuaient de génération en génération, sans avoir besoin d'être formalisés ou explicités.Ce n'est plus le cas aujourd'hui. On dispose maintenant de colossales sources de mémoire avec les nouvelles possibilités de stockage et de consultation des informations. Encore faut-il se les approprier et les partager. Depuis quelques années, les actions de groupe visant à bâtir un patrimoine de souvenirs commun fleurissent. Leur objectif « n'est pas d'arriver à une construction scientifique mais de mettre en valeur la vie quotidienne, d'entretenir l'histoire vivante, ce qui permet à des individus de développer un sentiment d'appartenance à un terroir, à une culture locale». L 'organisation d'expositions, l'édition d'ouvrages, l'ouverture d'écomusées, la reconstitution d'événements festifs... participent de ce travail de mémoire, et satisfont parallèlement d'autres fins: animation et développement local, promotion touristique de certains territoires, prévention du vieillissement.Et c'est ainsi que l'idée d'un musée à Annot fit son chemin... Regain de la Mémoire : c'est son nom et son programme ! |